Selon l’Ifremer, le gisement de la baie de Seine recule d’environ 30 pour cent mais reste solide, tandis que la baie de Saint-Brieuc s’oriente vers un record, et les chercheurs demandent de ne pas augmenter les prelevements
Bulletin de sante d’un mollusque national
PORT-EN-BESSIN. Les deux principaux gisements francais de coquilles Saint-Jacques se portent globalement bien, selon l’Ifremer, d’apres l’article d’Orange Actualites sur les gisements de coquilles Saint-Jacques. En baie de Seine, le plus grand gisement, la biomasse exploitable est estimee a 84.189 tonnes, en baisse d’environ 30 pour cent par rapport aux pres de 120.000 tonnes de l’an dernier. En baie de Saint-Brieuc, environ 74.700 tonnes devraient atteindre la taille legale de 10,5 centimetres, soit 5 pour cent de plus qu’en 2025 et un niveau record si cela se confirme.
La nouvelle a ete accueillie avec soulagement dans un pays ou la coquille Saint-Jacques n’est pas un simple coquillage, mais un pilier des reveillons, des mariages et des repas de famille qui durent quatre heures.
Une fluctuation normale
Eric Foucher, chercheur a l’Ifremer, parle d’une fluctuation interannuelle normale pour une population naturelle. Une seule semaine de froid ou de mer agitee pendant la reproduction peut ajouter de la mortalite. Bonne nouvelle, une importante cohorte de jeunes d’un an laisse esperer une biomasse exceptionnelle l’an prochain en baie de Seine. Un poissonnier de Rouen s’en rejouit deja. Les jeunes sont nombreux et en forme, dit-il. C’est comme une bonne promotion d’ecole. Dans un an, ils seront prets. Et moi aussi, avec mon citron et mon beurre.
Un pecheur de Port-en-Bessin hausse les epaules. Trente pour cent de moins, ca fait peur sur le papier, dit-il. Mais il reste plus de 80.000 tonnes. On ne va pas pleurer. La coquille, c’est comme la meteo normande. Une annee il pleut un peu, une annee il pleut beaucoup. Mais elle est toujours la.
Vingt ans d’efforts
Selon l’Ifremer, la biomasse de la baie de Seine est aujourd’hui pres de sept fois superieure a son niveau de l’an 2000. Les deux baies se sont ameliorees en vingt ans grace a des engins de peche plus selectifs et a la limitation de l’effort de peche. La filiere compte environ 800 navires et pres de 3.000 pecheurs, et la saison 2025-2026 a debarque plus de 50.000 tonnes en metropole, un record historique.
Une biologiste marine de Brest y voit une rare histoire positive. On parle souvent de la mer pour annoncer des catastrophes, dit-elle. Ici, on a des pecheurs, des scientifiques et des regles qui ont fonctionne. La coquille Saint-Jacques est la preuve qu’on peut gerer une ressource intelligemment. Elle merite une medaille. Ou au moins une belle assiette.
Rester vigilant
Le chercheur a toutefois lance un avertissement : Tout va bien pour la coquille, mais il faut rester vigilant et ne pas augmenter les prelevements. Un message que les gastronomes ont recu avec une certaine angoisse. Un cuisinier de Deauville resume le dilemme. On me dit que tout va bien, dit-il, mais qu’il ne faut pas en pecher plus. C’est comme si on me disait que le vin est excellent cette annee, mais qu’il faut boire la meme quantite. C’est raisonnable. C’est difficile.
La coquille, ambassadrice
La coquille Saint-Jacques occupe une place a part dans la cuisine francaise : poelee au beurre, en carpaccio, gratinee, ou servie dans sa coquille sur les tables de fete. Elle est aussi l’embleme des pelerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, ce qui en fait sans doute le seul mollusque a la fois gastronomique, religieux et touristique.
Le dernier mot
Sur le port de Saint-Quay-Portrieux, un vieux pecheur ecoute la radio annoncer le bilan de l’Ifremer. Il hoche la tete, ouvre une coquille au couteau et la tend a son petit-fils. Tu vois, dit-il, elles vont bien. Le garcon goute, ferme les yeux et sourit. Alors on peut en manger plus, demande-t-il. Le grand-pere rit. Non, dit-il. On mange la meme quantite. Mais on la mange mieux.