Au congres des departements, les elus attendaient Lecornu et recoivent une lettre, la France redecouvre l’art epistolaire

A Reims, les presidents de departement ont denonce le mepris du gouvernement face a plus de 1,2 milliard d’euros d’efforts budgetaires, et une partie de la salle a hue la ministre venue a la place du Premier ministre

Cher Monsieur le Premier ministre

REIMS. Les departements ont exprime leur colere au congres de Reims, vendredi 16 octobre, en l’absence du Premier ministre Sebastien Lecornu, selon l’article d’Orange Actualites sur le congres des departements. Les elus estiment que le projet de budget 2027 les touche a hauteur de plus de 1,2 milliard d’euros, dans le cadre de 5,4 milliards d’euros de coupes pour les collectivites. Ils denoncent la baisse des recettes liees aux transactions immobilieres et la hausse des depenses sociales. Le Premier ministre leur a repondu par courrier qu’il les recevrait a Matignon a la mi-novembre.

Au XXIe siecle, a l’heure des visioconferences, des messageries instantanees et des reseaux sociaux, le gouvernement a donc choisi de communiquer avec les departements par lettre. Les historiens de la correspondance saluent un retour aux sources.

Un petit coup de fil

Francois Sauvadet, president UDI de la Cote-d’Or, a regrette une missive et aurait souhaite un petit coup de fil. Jean-Luc Gleize, president PS de la Gironde, a demande : Que nous vaut le dedaigneux mepris du gouvernement ? Jean-Leonce Dupont, president UDI du Calvados, a accuse le gouvernement de mettre les departements en faillite. Un conseiller departemental de la Marne, present dans la salle, resume l’humeur. On voulait un dialogue, dit-il. On a recu du courrier. Le prochain coup, ce sera un telegramme. Puis un pigeon voyageur.

Une professeure de lettres a Reims y voit au contraire une chance. La lettre est un genre noble, dit-elle. Madame de Sevigne, Voltaire, Flaubert. Peut-etre que les presidents de departement pourraient repondre en alexandrins. Cela calmerait les esprits. Il est difficile de crier en alexandrins.

La ministre dans la tempete

Une partie de la salle a hue la ministre de la Decentralisation, Francoise Gatel, a son arrivee a la tribune, puis a chante la Marseillaise dans le hall. La ministre a annonce que la part de CSG pouvant etre affectee aux departements passerait de 300 a 400 millions d’euros, et a defendu le Premier ministre, le qualifiant de courageux et de responsable. Le president LR du Senat, Gerard Larcher, s’est dit attentif au sort des departements, sans parvenir a les apaiser.

Un observateur de la vie politique locale compatit avec la ministre. Etre envoyee a la place du Premier ministre devant des elus en colere, dit-il, c’est comme etre envoyee annoncer une mauvaise note a une classe entiere un vendredi apres-midi. On vous applaudit rarement. Et cent millions de CSG, dans un budget pareil, c’est un pansement sur une jambe de bois.

Le spectre des ordonnances

Olivier Richefous, president UDI de la Mayenne, a averti qu’en cas de budget par ordonnances, ce sera la version initiale qui s’appliquera, avec une baisse de 10 a 15 pour cent de l’investissement local. Pour les maires et les presidents de departement, cela signifie des routes moins entretenues, des colleges moins renoves et des projets reportes.

Les departements, ces mal-aimes

Les departements sont souvent les grands oublies du debat public, alors qu’ils financent une grande partie de l’action sociale, des colleges et des routes. Un habitant de la Haute-Marne resume leur situation. Personne ne sait vraiment ce que fait le departement, dit-il. Jusqu’au jour ou la route n’est plus deneigee. La, tout le monde sait.

Le dernier mot

A la sortie du congres, un president de departement ouvre sa boite aux lettres a son hotel de Reims. Il y trouve une enveloppe a en-tete de Matignon. Il l’ouvre avec emotion, lit trois lignes et soupire. Encore une lettre, dit-il. Il sort son stylo, retourne l’enveloppe et ecrit au dos : Merci pour la lettre. La prochaine fois, appelez. Puis il la glisse dans sa poche, pour la poster a la mi-novembre, en main propre.