L’accord franco-allemand officialise vendredi exige une baisse de 90 pour cent des emissions de CO2 sans compensation des 10 pour cent restants, s’appuie sur les carburants dits renouvelables et impose une preference europeenne
Le moteur thermique respire encore
PARIS. La France et l’Allemagne ont officialise vendredi 16 octobre un accord qui ralentit le passage au tout-electrique, selon l’article d’Orange Actualites sur l’accord automobile entre Paris et Berlin. L’Europe renonce a l’objectif du 100 pour cent electrique en 2035. Les constructeurs devront reduire leurs emissions de CO2 de 90 pour cent d’ici 2035, sans devoir compenser les 10 pour cent restants, comme le prevoyait la proposition initiale de la Commission europeenne. L’accord invoque le recours croissant aux carburants dits renouvelables, dont les biocarburants.
Pour le moteur thermique, que beaucoup croyaient condamne, c’est un sursis inespere. Dans les garages de France et d’Allemagne, des moteurs diesel auraient ete apercus en train de ronronner de soulagement.
Les reactions
Emmanuel Macron a assure sur X : Notre cap ne change pas : reduire fortement les emissions de CO2. Friedrich Merz a parle d’une bonne journee pour les automobilistes et pour l’emploi en Allemagne, en France et en Europe. Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a declare : Nous ne voulons pas que l’Allemagne se contente d’assembler des composants provenant d’Asie. L’ONG Transport et Environnement a denonce une erreur historique.
Un garagiste de Clermont-Ferrand resume l’ambiance a sa facon. On m’a dit pendant dix ans que je devais apprendre l’electrique parce que le thermique allait mourir, dit-il. J’ai fait les formations. J’ai achete le materiel. Et maintenant on me dit que le thermique vivra encore un peu. Je suis comme un cure qui a prepare l’enterrement et a qui on annonce que le defunt va mieux.
La preference europeenne
L’accord prevoit aussi une preference europeenne. Les entreprises qui recoivent des fonds publics devront acheter aupres de fournisseurs europeens ou de certains partenaires, avec un seuil de 70 pour cent des composants et de 10 pour cent du contenu des batteries, selon l’Elysee. Le Royaume-Uni, la Norvege et la Suisse figurent parmi les partenaires. Paris et Berlin veulent aussi permettre aux entreprises de comptabiliser certains vehicules thermiques peu emetteurs dans leurs objectifs d’electrification de flotte.
Une economiste de Strasbourg souligne le paradoxe. On reproche souvent a la France et a l’Allemagne de ne jamais etre d’accord, dit-elle. La, elles sont d’accord. Simplement, elles sont d’accord pour aller moins vite. C’est le couple franco-allemand dans toute sa splendeur : unis, determines, et en premiere vitesse.
Le conducteur moyen
Pour beaucoup d’automobilistes, ces debats restent lointains. Une infirmiere de la Creuse, qui fait 60 kilometres par jour, a une position simple. Je ne lis pas les accords europeens, dit-elle. Je regarde le prix de l’essence et le prix des voitures electriques. Les deux sont trop chers. Quand l’Europe aura un accord sur ca, je serai la premiere a applaudir.
Les biocarburants a l’honneur
Le recours aux carburants renouvelables, dont les biocarburants, est presente comme une justification de l’accord. Un agriculteur de la Beauce y voit deja une opportunite. Si les voitures roulent au colza, dit-il, alors je suis le nouveau Total. Je vais mettre une pompe a l’entree de mon champ. Plein de colza, quarante euros. Lavage du pare-brise offert.
Le dernier mot
Dans une station-service de l’autoroute A4, entre Paris et Strasbourg, une voiture electrique allemande recharge a cote d’une vieille berline diesel francaise. Les deux conducteurs se regardent. Alors, demande le Francais, vous avez lu l’accord ? L’Allemand hoche la tete. Oui, dit-il. Votre voiture a gagne quelques annees. Le Francais tapote affectueusement son capot. Tu entends, ma vieille, dit-il. Tu n’iras pas a la casse tout de suite. Paris et Berlin ont vote pour toi.