A 88 ans, Michelle David rouvre le Cafe des Fleurs de Blonville-sur-Mer le temps d’une semaine pour conserver le precieux droit de servir tous les alcools, et les habitues reservent leur soif des annees a l’avance
Le bistrot le plus exclusif de France
BLONVILLE-SUR-MER. Michelle David, 88 ans, ouvre son bistrot une semaine tous les cinq ans pour ne pas perdre sa licence IV, selon l’article d’Orange Actualites sur la retraitee normande et sa licence IV. Le Cafe des Fleurs, a Blonville-sur-Mer, dans le Calvados, doit rester actif pour conserver cette licence qui permet de vendre tous les types d’alcool. Pendant sa semaine d’ouverture, elle sert elle-meme les clients et prepare des cocktails, comme des americanos.
Avec une semaine d’ouverture tous les cinq ans, le Cafe des Fleurs est probablement le bistrot le plus difficile a frequenter de France, plus selectif que les restaurants etoiles de Paris et plus rare qu’une eclipse totale.
La reservation quinquennale
A Blonville, certains habitues organisent leur vie autour de cette semaine. Un ancien pecheur du village affirme avoir deja coche la prochaine ouverture dans son calendrier. J’ai 79 ans, dit-il. Je calcule ma vie en periodes de cinq ans maintenant. Une ouverture, deux ouvertures, peut-etre trois. Chaque fois, je bois mon americano lentement. Ce n’est pas un verre, c’est un evenement.
Une habitante raconte qu’elle a decale un mariage pour ne pas rater l’ouverture. Ma niece voulait se marier en juin, dit-elle. Je lui ai dit non, en juin c’est la semaine du Cafe des Fleurs. On a deplace le mariage. Elle etait un peu fachee. Mais au final, la fete s’est terminee au cafe. Tout le monde a compris pourquoi.
Cinquante-quatre ans de comptoir
La gerante ne compte pas renoncer. On ne peut pas oublier ce qu’on a fait pendant 54 ans, on ne peut pas, a-t-elle confie. Elle refuse de vendre : Non, je ne veux pas la vendre. Moi, je demande que mes fils continuent le metier. Son fils Cedric, musicien, n’exclut pas de reprendre le cafe. Un historien de la vie rurale normande y voit une forme de resistance. Les bistrots disparaissent dans les campagnes francaises depuis des decennies, dit-il. Celui-ci refuse de mourir. Il dort, comme une marmotte, et se reveille tous les cinq ans pour servir un americano.
La licence IV, tresor national
La licence IV, qui autorise la vente de tous les alcools, est devenue un bien rare et precieux, notamment dans les petites communes ou de nombreux bistrots ont ferme. Perdre sa licence, c’est souvent perdre la possibilite de rouvrir un jour. Un notaire du pays d’Auge explique que certaines licences se negocient comme des pierres precieuses. Dans certaines communes, on m’apporte une licence IV avec plus d’emotion qu’un testament, dit-il. C’est le dernier lien avec le cafe du village. On ne le laisse pas partir.
Un modele economique original
Un consultant en restauration de Caen s’interroge en souriant sur le modele. Une semaine d’activite tous les cinq ans, cela fait environ 0,4 pour cent du temps ouvert, calcule-t-il. Normalement, je conseillerais d’augmenter les horaires. Mais dans ce cas precis, je pense que la rarete fait partie du charme. Si le cafe ouvrait tous les jours, personne ne viendrait en pelerinage.
Le dernier mot
Le dernier jour de la semaine d’ouverture, la salle est pleine. Michelle David essuie le comptoir, sert un dernier americano et regarde ses clients. Un jeune homme de passage lui demande quand elle rouvrira. Dans cinq ans, repond-elle. Il ecarquille les yeux. Cinq ans ? Elle sourit. Vous avez le temps de trouver le chemin, dit-elle. Et de garder un peu de soif.